Tailler après le gel

Alors que les vendanges semblaient avoir tourné la page du gel 2017, le début de la taille sonne pour les vignerons d’UG Bordeaux comme un rappel douloureux de cet épisode hors normes.

‘Tailler, c’est notre part de créativité, c’est le moment où nous tournons la page du millésime et où nous nous projetons dans la récolte suivante. Il y a un savoir-faire bien sûr, qui permet d’aller vite. Mais il y a aussi un style qui est propre à chaque vigneron. Nous ne sommes pas des artistes, mais il y a un peu de ça.’ raconte Bernard R., vigneron adhérent d’UG Bordeaux.

Ce qui relève ordinairement de l’art de la taille devient une gageure cette année, pour plusieurs raisons.

Bernard R. démarre la taille d’une parcelle touchée par le gel

Nouveau départ de rameau sur un rameau gelé

Des pieds difficiles à analyser

Le gel tardif est intervenu au moment où les premiers rameaux avaient déjà poussé sur les pieds. Leur croissance a été stoppée net et ils se sont nécrosés. Lors de la deuxième pousse, de nouveaux rameaux sont apparus, soit à partir de la base de rameaux gelés, soit directement sur le pied, dans ce cas ce sont des pampres. Dans les années classiques, des pampres poussent aussi, mais en cet année de gel, elles sont beaucoup plus nombreuses : la vigne a buissonné.

Le pied a buissonné ce qui rend difficile l’identification d’un rameau fructifère.
Les tiges sont nombreuses et de faible calibre.

Les conséquences sont multiples : le rameau fructifère qui est habituellement conservé lors de la taille est très difficile à identifier. Il faut parfois sélectionner une pampre en faisant le pari que les bourgeons y seront fructifères, ce qui hypothèque la récolte 2018.

« Les anciens disent qu’un an après un gel sévère, la vigne donne beaucoup. Ce fut le cas en 1992 après le gel de 1991. Mais nous n’avons aucune certitude car la vigne a du produire deux fois des rameaux et a puisé dans ses réserves. En raison du déficit hydrique actuel elle n’a pas pu se reconstituer correctement » dit Alexandre B. , technicien vignoble.

Les rameaux sélectionnés sont parfois mal placés sur le cep, faute de mieux, et ne conduiront pas la sève de manière optimale. La taille 2018 s’annonce également délicate.

Les aléas climatiques font partie de la vie du vignoble, mais les conséquences d’un gel sévère ou d’une grêle se font ressentir bien au delà d’une récolte décevante. Le temps passé sur chaque pied pour atténuer les effets d’un traumatisme et poser de nouvelles bases saines pour les récoltes à venir est coûteux mais nécessaire.

Il ne reste qu’à faire le pari d’une année 2018 clémente qui permette de rééquilibrer les comptes et de redonner au marché du vin stabilité et sérénité.

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